Le prix élevé du matérialisme

Chaque jour, nous recevons des signaux, des messages nous insinuant plus ou moins explicitement qu’une vie bien remplie est une vie remplie de biens, sous-tendant qu’une vie réussie et heureuse est une vie de consommation. Des sommes astronomiques sont dépensées chaque année pour soumettre chaque espace de vie à cette métaphysique consumériste, des toilettes aux panneaux d’autoroute, des stations de métro aux bannières internet, occupant ainsi aussi bien la sphère publique que la sphère privée. Mais ces messages vont plus loin, puisqu’ils atteignent et modifient nos psychismes. De fait, nous sommes tous plus ou moins affectés par ces messages; de manière générale, ils tentent de faire en sorte que beaucoup de gens organisent leur vie autour du salaire ou d’un mode consumériste.

Ceci a un coût élevé pour la planète mais aussi pour le bien-être des personnes. Le psychologue Kasser, spécialiste des questions de matérialisme, a en effet démontré que plus les gens valorisent le matérialisme, moins ils sont heureux et satisfaits de leurs vies. Leurs émotions sont moins positives et ils sont plus sujets à l’anxiété, à la dépression et à l’utilisation de substances. Le matérialisme affecte également nos relations aux autres. Les scientifiques se sont en effet rendus compte que les interactions entre valeurs matérialistes et les valeurs sociales représentaient un jeu à somme égal. Plus les unes augmentent, plus les autres diminuent. Ainsi, les gens matérialistes sont moins empathiques, moins coopératifs envers les autres. Ils sont également moins soucieux de leurs impacts sur la planète. Ils utiliseront en effet moins fréquemment les transports doux et seront moins enclins à recycler. Une étude de James Roberts et Aimee Clement a mis en exergue le lien entre valeurs intrinsèques et matérialisme. En testant la relation entre le bien-être et 8 de ses dérivés (satisfactions liées à la famille, aux amis, à soi-même, à la résidence, à la santé, au plaisir, à l’argent, au travail) et trois composantes du matérialisme, comme définis par Richins et Dawson obsessions acquisitives, succès basé sur les possessions et acquisition comme poursuite du bonheur), Robert et Clement se sont rendus compte que les matérialistes plaçaient plus d’emphase sur les valeurs extrinsèques que les valeurs intrinsèques. Or, les objectifs intrinsèques sont des pré-requis du bien-être puisqu’ils permettent à l’individu de satisfaire ses besoins psychologiques.

Pour Frey et Stutzer, les individus ont une tendance naturelle à surestimer les bienfaits des valeurs extrinsèques par rapport aux intrinsèques. Les deux chercheurs définissent les biens ou activités intrinsèques par un besoin d’appartenance et de relation aux autres, un besoin de compétence ou de contrôle et une autodétermination ou causalité par rapport à l’activité. A l’inverse, une activité ou un bien extrinsèque comprend les biens ou les activités permettant ou augmentant les possessions matérielles, le statut, prestige, ou la renommée. Pour Frey et Stutzer, il y a au moins deux sources de surpondération des extrinsèques par rapport aux intrinsèques :

–          La sous-estimation des phénomènes d’accoutumance : l’intensité de l’expérience est plus valorisée que sa durabilité. Les récompenses extrinsèques sont alors surestimées même si elles ont une durée d’impact plus courte que les biens relationnels par exemple.

–          La rationalisation à posteriori des choix : l’explication a posteriori de ses choix est plus facile pour les extrinsèques (bien visible matériellement ou socialement) que pour les intrinsèques ; ce qui ancre les croyances et favorise ensuite la réplication des choix futurs.

Selon Kasser, les matérialistes se servent du matérialisme pour gérer leurs inquiétudes et leurs sentiments d’insécurité. Cependant, rien n’est perdu et il est possible de développer ses valeurs intrinsèques : les pistes évoquées par la recherche sont de poursuivre son développement personnel, passer du temps avec sa famille et ses proches, s’engager pour des causes à défendre. Alors faites quelque chose pour la planète aujourd’hui. Et n’oubliez pas d’appeler votre maman.

consumrisme1

Advertisements
This entry was posted in Uncategorized. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s