‘Manifeste pour le bonheur’ de Stefano Bartolini

Hier à l’atelier Fil Rouge, la Fabrique Spinoza avait le plaisir de recevoir Stefano Bartolini, qui venait présenter son livre ‘Manifeste pour le bonheur : comment passer d’une société de l’avoir à une société du bien-être’ pour la première fois en Français. Stefano Bartolini est professeur d’économie à l’université de Sienne, et son livre a eu un impact important en Italie. Se basant sur des données subjectives de bonheur aux Etats-Unis et en Europe, Bartolini part du constat que si la richesse aux Etats Unis a triplé en quarante ans, le bonheur de ses citoyens n’a pas augmenté, un constat connu sous le nom du ‘paradoxe d’Easterlin’. S’attelant notamment au cas Américain, il constate que l’accroissement de la richesse qui aurait pu s’accompagner d’un accroissement du bonheur, est compensé par le fait que les biens relationnels ont dans la même période largement décliné : perte de confiance, sentiment d’isolement accru, un constat partagé par le sociologue Américain Robert Putnam dans son livre ‘Bowling alone’. Bartolini va plus loin en liant les deux : c’est le ‘détricotement’ du lien social qui se traduirait par un accroissement de la ‘richesse’ économique. Par exemple, le fait que les personnes âgées aillent maintenant en résidence crée de l’activité économique, au détriment des liens sociaux. L’ouverture salvatrice de Bartolini d’une richesse économique à des richesses(relationnelle, culturelle, etc) fait écho aux travaux de la Fabrique Spinoza sur les nouveaux indicateurs de richesse.

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Pensées nomades

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On the road (Kerouac)

“It was three children of the earth trying to decide something in the night and having all the weight of past centuries ballooning in the dark before them”

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I have had an absolutely wonderful life

Marcel Duchamp, inventor of the ready made and of the anti-art has been described as the man that killed the painting. He initiated several artistic movements such as neodadaism or popart. Through those movements, he denied the universal aspect of art and criticized the bourgeois hold on art. La Mariée mise à nu par ses célibataires also called Le Grand Verre (the large glass) is presented in the exhibition at the same time as a denial and a magnification of painting. It is an invitation to a mental, ‘non-retinal’ observation. Highly influential, he was considered in 1939 as the ‘smartest person of the first part of the 20th century’ by André Breton. He said in his last days: ‘I have had an absolutely wonderful life. I have been very lucky.’ The exhibition continues until january 5th.

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Le prix élevé du matérialisme

Chaque jour, nous recevons des signaux, des messages nous insinuant plus ou moins explicitement qu’une vie bien remplie est une vie remplie de biens, sous-tendant qu’une vie réussie et heureuse est une vie de consommation. Des sommes astronomiques sont dépensées chaque année pour soumettre chaque espace de vie à cette métaphysique consumériste, des toilettes aux panneaux d’autoroute, des stations de métro aux bannières internet, occupant ainsi aussi bien la sphère publique que la sphère privée. Mais ces messages vont plus loin, puisqu’ils atteignent et modifient nos psychismes. De fait, nous sommes tous plus ou moins affectés par ces messages; de manière générale, ils tentent de faire en sorte que beaucoup de gens organisent leur vie autour du salaire ou d’un mode consumériste.

Ceci a un coût élevé pour la planète mais aussi pour le bien-être des personnes. Le psychologue Kasser, spécialiste des questions de matérialisme, a en effet démontré que plus les gens valorisent le matérialisme, moins ils sont heureux et satisfaits de leurs vies. Leurs émotions sont moins positives et ils sont plus sujets à l’anxiété, à la dépression et à l’utilisation de substances. Le matérialisme affecte également nos relations aux autres. Les scientifiques se sont en effet rendus compte que les interactions entre valeurs matérialistes et les valeurs sociales représentaient un jeu à somme égal. Plus les unes augmentent, plus les autres diminuent. Ainsi, les gens matérialistes sont moins empathiques, moins coopératifs envers les autres. Ils sont également moins soucieux de leurs impacts sur la planète. Ils utiliseront en effet moins fréquemment les transports doux et seront moins enclins à recycler. Une étude de James Roberts et Aimee Clement a mis en exergue le lien entre valeurs intrinsèques et matérialisme. En testant la relation entre le bien-être et 8 de ses dérivés (satisfactions liées à la famille, aux amis, à soi-même, à la résidence, à la santé, au plaisir, à l’argent, au travail) et trois composantes du matérialisme, comme définis par Richins et Dawson obsessions acquisitives, succès basé sur les possessions et acquisition comme poursuite du bonheur), Robert et Clement se sont rendus compte que les matérialistes plaçaient plus d’emphase sur les valeurs extrinsèques que les valeurs intrinsèques. Or, les objectifs intrinsèques sont des pré-requis du bien-être puisqu’ils permettent à l’individu de satisfaire ses besoins psychologiques.

Pour Frey et Stutzer, les individus ont une tendance naturelle à surestimer les bienfaits des valeurs extrinsèques par rapport aux intrinsèques. Les deux chercheurs définissent les biens ou activités intrinsèques par un besoin d’appartenance et de relation aux autres, un besoin de compétence ou de contrôle et une autodétermination ou causalité par rapport à l’activité. A l’inverse, une activité ou un bien extrinsèque comprend les biens ou les activités permettant ou augmentant les possessions matérielles, le statut, prestige, ou la renommée. Pour Frey et Stutzer, il y a au moins deux sources de surpondération des extrinsèques par rapport aux intrinsèques :

–          La sous-estimation des phénomènes d’accoutumance : l’intensité de l’expérience est plus valorisée que sa durabilité. Les récompenses extrinsèques sont alors surestimées même si elles ont une durée d’impact plus courte que les biens relationnels par exemple.

–          La rationalisation à posteriori des choix : l’explication a posteriori de ses choix est plus facile pour les extrinsèques (bien visible matériellement ou socialement) que pour les intrinsèques ; ce qui ancre les croyances et favorise ensuite la réplication des choix futurs.

Selon Kasser, les matérialistes se servent du matérialisme pour gérer leurs inquiétudes et leurs sentiments d’insécurité. Cependant, rien n’est perdu et il est possible de développer ses valeurs intrinsèques : les pistes évoquées par la recherche sont de poursuivre son développement personnel, passer du temps avec sa famille et ses proches, s’engager pour des causes à défendre. Alors faites quelque chose pour la planète aujourd’hui. Et n’oubliez pas d’appeler votre maman.

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Robert Owen, un bonheur socialiste

Robert Owen(1771-1858) était un entrepreneur, réformateur et philanthrope Gallois. Robert Owen est considéré comme un des pères fondateurs du socialisme anglais et du mouvement coopératif. Actif de la fin du 18ème siècle au milieu du 19ème siècle, il est un entrepreneur brillant qui a repris un certain nombre d’affaires, presque toujours avec succès. Il reprit une manufacture de coton qui devint l’une des plus grandes de Grande Bretagne. Ce qui le différencia de tous les entrepreneurs de cette époque à Londres, c’est le soin tout particulier qu’il apporta à ses employés ; il fut l’un des premiers à passer à des journées beaucoup plus légères de dix heures par jour contre douze heures ou plus à l’époque. Il fut aussi l’un des premiers à se sentir responsable de leur sort même en période dure. Quand les États-Unis décident d’arrêter d’alimenter l’Angleterre en coton, la plupart des manufactures anglaises licencient massivement tous leurs employés ; Owen, lui, considère que toute crise est temporaire et choisit de garder ses employés afin qu’il nettoie les entrepôts, répare les machines, etc.

Robert Owen propose d’abolir un certain nombre d’institutions : la propriété privée, l’Eglise et le mariage. Il ne choisit pas de mieux répartir les ressources mais bien d’abolir la notion de propriété privée. Owen est déiste mais pas théiste dans la mesure où il croit à un Dieu qui aurait impulsée une énergie initiale, mais il n’est pas responsable de ce qu’il y a par la suite. Il n’est pas anti-religion per se, il est contre l’irrationalité de la religion ; il est possible pour lui d’envisager une religion rationnelle, en ligne avec Helvétius et un certain nombre de Lumières. Le mariage est quant à lui « une chose maudite qui relève des institutions sataniques », qui devrait pour lui être indexé sur les sentiments et non sur les intérêts.

Owen créa une école de pédagogie nouvelle, un ‘institut de formation du caractère’. Il préconise une école sans violence, sans punition, obligatoire dès l’âge de deux ans. Le formateur doit être capable de parler d’un ton doux, d’une voix agréable et savoir faire preuve de patience. Le but est de ‘fabriquer’ des individus heureux pour faire une société heureuse. On retrouve ici une perspective utilitariste, mais on est dans un utilitarisme du bonheur, benthamien(‘le plus grand bonheur du plus grand nombre’) et non dans un utilitarisme de richesse. Il invite à une pédagogie horizontale, libertaire, de l’épanouissement, où pouvoir et savoir sont dissociés.

La vision du bonheur d’Owen est en phase avec sa philosophie éducative et sociale : pragmatique, altruiste et généreuse. Owen, tout comme Fourier plus tard, vise l’harmonie sociale. A l’inverse d’un hédonisme libéral, égoïste, il met en avant un hédonisme socialiste : le bonheur d’autrui doit être prioritaire par rapport à notre propre bonheur. Étant donné qu’on est tous l’autrui d’autrui, quelqu’un s’occupe de facto de notre bonheur. Plutôt que de dire ‘ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse’, il préconise de faire à autrui ce l’on aimerait qu’il nous fasse. Politique et éthique ne sont plus séparées, la politique est une éthique. 200 ans après sont activisme, sa pensée est plus que jamais contemporaine et il est un modèle à bien des égards en termes de pédagogie, de bonheur et en termes de mise en œuvre des principes théoriques qu’il a pus élaborer.

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En savoir plus sur Robert Owen :

Michel Onfray,2007. Contre histoire de la philosophie, n°10 : l’eudémonisme social.

Ophélie Siméon, 2012.Robert Owen père du socialisme brittanique. La vie des idées.

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Les deux dimensions du bonheur

Il existe une infinité de conceptions du bonheur et une myriade de citations à ce sujet. Si bon nombre d’entre elles se rejoignent, en témoignant par exemple de sa volatilité ou de l’inutilité de le chercher, certaines s’opposent de manière assez frontale. Par exemple, comment peut-on faire le grand écart entre la position selon laquelle ‘le plus grand bonheur est celui qui est partagé’ et celle que tient Jules Renard pour qui ‘il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas’ ? A-t-on affaire à deux visions opposées du bonheur ou à deux types de bonheurs différents ? Dans ce cas, comment ces deux types de bonheur coexistent-ils ?

Dans un billet précédent (https://gaelbrule.com/2014/02/02/le-bonheur-est-il-une-femme/), je présentais les valeurs dites féminines et les valeurs dites masculines, deux ensembles de valeurs articulés autour de ces deux pôles socialement construits. Aux premières, s’ancrant autour de la collaboration et du partage s’opposent dialectiquement les secondes, qui tournent davantage autour de la compétition et de la conquête. Tentons de projeter ces deux systèmes de valeur sur la toile du bonheur et de définir un bonheur féminin, horizontal et un bonheur masculin, vertical.

Tout bonheur comprend une dimension horizontale et une dimension verticale, mais chaque société, chaque communauté, chaque personne diffère par la façon dont ces deux composantes s’articulent. Ces composantes, et les visons du bonheur qu’elles sous-tendent sont différentes à bien des égards. Le bonheur vertical agit dans un système fermé : ceux qui montent sont plus satisfaits, ce qui descendent le sont moins et quand il y a un gagnant, il y a mécaniquement un perdant. C’est un jeu à somme nulle. Le bonheur horizontal, lui, agit en système ouvert : il n’est pas fini, et est donc expansif : il peut soit se contracter, soit de dilater, d’où l’intérêt de cette deuxième composante. Si la première correspond à celle mise en avant par Jules Renard, ‘tu gagnes, je perds’, la seconde est potentiellement un réservoir sans limite de bonheur.

Ca n’est d’ailleurs pas un hasard si les sociétés scandinaves, sociétés les plus féminines dans leurs valeurs(le Japon étant la plus masculine, suivi de près par les sociétés anglo-saxonnes) occupent également les premières places des pays les plus heureux. Si les sociétés anglo-saxonnes contrebalancent quelque peu ces valeurs très masculines par des structures relativement horizontales, flexibles et une collaboration élevée, le Japon, au contraire, combine une société très masculine avec une structure très rigide et hiérarchisée : une bonne partie des gens se retrouvent arithmétiquement en bas de la pyramide et ce n’est donc pas un hasard de voir les japonais pointer parmi les moins heureux des sociétés développées.

Si l’on pense que le bonheur est un objectif sociétal possible et désirable, il est donc important de renforcer la composante horizontale et de limiter les aspirations verticales trop fortes. Il est toutefois loin d’être évident qu’une société complètement horizontale soit faisable ni même désirable. Cependant, il est probable que beaucoup de nos sociétés occidentales soient un peu trop verticales et que la composante du bonheur associée mette les gens en compétition de manière relativement contre-productive. Peut être serait-il préférable, au niveau sociétal et au niveau inter-individuel de s’orienter vers un bonheur horizontal, collectif, probablement plus sain que le jeu sans fin du loser/winner, gagnant/perdant. La bonne nouvelle est qu’il y’en a pour tout le monde, et plus encore, alors soyons généreux… partageons notre bonheur !

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Après le ‘greenwashing’, le ‘happywashing’ ?

Au cours des vingt dernières années, le développement durable est trop souvent devenu un mot-valise complètement déconnecté de l’esprit initial, et largement repris par les as du marketing dans ce qu’on a appelé le ‘greenwashing’, terme anglais péjoratif, contraction de ‘green’ (vert) et de ‘brainwashing’ (lavage de cerveau). En le surutilisant, les publicités ont dépossédé le terme de son contenu ; on ‘fait’ du développement durable, on achète des produits ‘verts’ ou ‘durables’, sans savoir les fondements sur lesquels cela repose.

On semble depuis quelques années assister à un phénomène similaire pour le bonheur. Porté par les mêmes as du marketing, le bonheur semble être la valeur à promouvoir et il semble que nous assistions de plus en plus à un phénomène de happywashing. Sur un air de Pharrell Williams, on peut désormais ouvrir du bonheur grâce à Coca-Cola, vous pouvez vous réveiller heureux grâce à Mac Donald, Club Med vous permet de découvrir tous les bonheurs du monde alors que Morgan nous apprend qu’ « happy is the new chic ».

Le message est clair : le produit en question est le chemin direct au bonheur et l’acheter c’est s’assurer du bonheur, sorte de néo-protestantisme où l’élection se ferait sur terre via l’acte consumériste. Les études sont pourtant unanimes à cet égard : le matérialisme n’est pas gage de bonheur et les gens matérialistes sont systématiquement moins heureux que les gens moins matérialistes. Le marketing tend à renverser cette tendance en jouant la carte ‘acheter du bonheur’. L’éternel combat entre philosophes et les sophistes du marketing continue. Alors que les premiers se dirigent avant tout vers la vérité, la compréhension les seconds privilégient la forme, la parole la séduction et ne se soucie que peu des valeurs telles que le vrai et le faux. C’est ce qui aurait poussé Platon à dire que les philosophe est un chien, un ami de l’homme alors que le sophiste est un loup, un danger pour l’homme. Au-delà d’un mensonge possible des publicitaires ou d’un combat entre les bons philosophes et les mauvais publicitaires, ce sont pour l’instant deux visions du bonheur qui s’affrontent. Si les sociologues s’intéressent surtout à un bonheur relativement long terme, c’est bien au bonheur court terme, à la jouissance que font écho les publicités, comme écrit dans un billet précédent(https://gaelbrule.com/2014/01/12/converse-ou-linjonction-a-la-jouissance/).

Après une période de reconstruction, la période d’après guerre a signé une amélioration des conditions de vie et une sécularisation des valeurs sociétales. Le bonheur s’est retrouvé tout naturellement propulsé comme quête légitime, voire comme but ultime. En témoigne la littérature foisonnante sur le sujet et notamment la psychologie positive, l’emphase placée sur les religions sans Dieu comme le bouddhisme ou le taoïsme, la méditation et le développement personnel. Grâce à tous ces matériaux, la mondialisation et une liberté qui semble croissante, chacun a les cartes en main pour accéder au bonheur, et cette liberté s’est transformée en devoir social : celui d’être heureux. La dynamique sociale d’individualisation  a poussé  l’individu à être désormais responsable de ses choix  de se percevoir comme l’auteur de sa vie et de construire en toute autonomie le sens de son existence. L’individualisation croissante a mis le bonheur au centre de toutes les valeurs et avec la fusion des valeurs religieuses et la dissolution des classes sociales ou du moins de leur importance, la responsabilisation de l’individu d’atteindre le bonheur est croissante. Le bonheur n’est plus un produit résiduel de classe, de communauté ou religieux, il est immanent, immédiatement accessible à chacun et donc tout échec de l’atteindre est un échec personnel.

Alors que le bonheur stable, long-terme, tiède n’est pas évident à accéder pour tous, le consommateur peut néanmoins acheter du bonheur court-terme, de la jouissance, de l’évènement. C’est du moins le message des publicitaires et rien ne laisse présager que cette tendance va s’affaisser bien au contraire. Place au happywashing.

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Le bonheur est-il une femme?

Le bonheur est-il une femme ?

C’est du moins ce qu’affirmait Nietzsche  dans ‘Ainsi parlait Zarathoustra’, poème philosophique dans lequel il écrivait :

“Ainsi parlait Zarathoustra. Et il attendit son malheur toute la nuit : mais il attendit en vain. La nuit resta claire et silencieuse, et le bonheur lui-même s’approcha de lui de plus en plus. Vers le matin cependant Zarathoustra se mit à rire en son cœur, et il dit d’un ton ironique : « Le bonheur me court après. Cela vient de ce que je ne cours pas après les femmes. Or, le bonheur est une femme”

S’il n’est pas toujours aisé de comprendre la pensée de Nietzsche dans ce poème, il est néanmoins intéressant-et je l’espère pertinent- de s’interroger sur la question du sexe-ou du genre-du bonheur. En effet, comme je l’écrivais dans un billet précédent(cf.Du bonheur à la gaîté lyrique), la grande majorité des recherches semble aller dans le même sens : les femmes seraient plus heureuses que les hommes. Les femmes sont en effet plus heureuses en mariage, plus heureuses célibataires, et pratiquement tout au long de leur vie ; seule la retraite et le divorce semble donner une chance aux hommes de refaire une partie de leur retard sur ce terrain.

Si les résultats des études semblent tous aller plus ou moins dans le même sens, il est alors légitime de s’interroger sur les raisons d’une telle différence. Pour ce faire, regardons cette inégalité de bonheur à travers le prisme des valeurs masculines et féminines. Cet outil, défini par les sociologues oppose les valeurs dites féminines aux valeurs dites masculines ; les premières englobent la collaboration, l’intuition, la communauté et l’égalitarisme, alors que les secondent couvrent l’action, la hiérarchie, le devoir, le pouvoir et le patriotisme.

Dans un article que j’ai écrit avec Ruut Veenhoven, nous avons montré que trop de hiérarchie était dommageable au bonheur, Jan Ott démontrait quant à lui que trop de compétition nuisait au bonheur, alors que les effets positifs de la collaboration au niveau bonheur ont été prouvés. Dans les valeurs masculines, on trouve également des valeurs ‘extérieures’ telles que le prestige et le matérialisme, dont l’effet délétère pour le bonheur a été prouvé (l’argent est positivement corrélé au bonheur, mais sa recherche à tout prix ne l’est pas, je reviendrai dessus dans un prochain billet). La matrice sociétale féminine semble ainsi être plus liée au bonheur que la matrice masculine.

Les valeurs féminines étant plus conductrices que les valeurs masculines au bonheur, une partie de la différence de bonheur entre les deux sexes pourrait être due à la différence de bonheur entre les genres (on rappelle que la notion de sexe est biologique alors les genres sont des construits sociaux, voir travaux de Marie-Cécile Naves à ce sujet). On le voit de manière parfaitement claire au niveau des pays : quand on compare les pays sur l’échelle de la masculinité (par exemple celle créée par Geert Hofstede), on se rend compte que l’on retrouve presque tous les pays les plus heureux tout en bas de l’échelle de masculinité (Suède, Danemark, Islande) et que les pays occupant le haut de l’échelle ont typiquement des niveaux moyens de bien-être bien plus bas.

Les hommes seraient-ils les premières victimes d’un système qu’ils ont largement crée ? Il est légitime de se poser la question. En effet, l’ADN du capitalisme est largement ancré dans des valeurs masculines de maximisation du profit et de la compétition. En séparant de manière très stricte la répartition des rôles, les fonctions de production pour les hommes, les fonctions supports pour les femmes, le patriarcat a forcé les hommes à s’aligner sur des valeurs qui les desservent. En poussant les hommes à garder pour eux les fonctions les plus prestigieuses et les plus rétributrices, le patriarcat a ironiquement enfermé les hommes dans un système qui nuit à leur bonheur. Comme indiqué dans un rapport de la Fabrique Spinoza sur les inégalités femmes-hommes[1], basé sur un large nombre de recherche sur les inégalités femmes-hommes, les structures qui laissent plus de place aux femmes voient non seulement le niveau de bonheur de celles-ci augmenter mais également celui des hommes. Le bonheur n’est pas un jeu à somme nulle, c’est une ressource qui croît en se partageant et à ce titre, il est pour l’instant féminin, comme l’avait pressenti Nietzsche.

Ceci pourrait inciter les personnes effrayées par « la théorie du genre » à se laisser porter dans la direction d’un nivellement des différences hommes-femmes. A la clé, plus de bonheur pour les femmes mais également pour les hommes. Se séparer des cadres du passé peut-être effrayant et potentiellement douloureux, mais messieurs, laissons s’exprimer notre partie féminine, c’est sans doute elle qui nous mènera le plus facilement au bonheur.

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Le paradoxe du choix et de la satisfaction (Fabrique Spinoza)

Le paradoxe du choix et de la satisfaction

La multiplication des choix consacre l’idée d’épanouissement: avoir plus de choix permet d’avoir la liberté de choisir. Acception pleine de bon sens, et pourtant différentes études tendent à montrer que l’augmentation des choix dans la société de consommation ne correspond pas à une augmentation du bien-être, bien au contraire. En effet, certains psychologues suggèrent que faire un choix reviendrait, en fait, à renoncer à quelque chose de potentiellement « mieux » et à créer donc de l’anxiété et de la frustration chez les individus.

Ainsi, Gaël Brulé et Alexandre Jost de la Fabrique Spinoza tentent d’identifier certains leviers capables de rendre au choix sa dimension positive, celle qui consacre la liberté. Différentes pistes sont ainsi envisagées telles que le développement d’une information de qualité, la sensibilisation des acteurs de l’économie…etc.

Résumé complet:

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